Description fonds - Bibliothèque et Archives nationales du Québec

PISTARD

Cote : TP12,S1,SS26,SSS1,D41/1918

TP12Fonds Cour des sessions de la paix
  S1Greffe de Québec
    SS26Enquêtes du coroner
        SSS1Dossiers

Centre : BAnQ Québec


Titre, Dates, Quantité
Verdict du coroner George William Jolicoeur et du jury, à la suite de l'enquête tenue du 8 au 13 avril 1918 sur les causes de la mort d'Alexandre Bussières, mécanicien, 25 ans, de Saint-Malo-de-Québec, survenue le 1er avril 1918 . - 8 au 13 avril 1918
- 1 document(s) textuel(s) (pièce(s))

Notice biographique/Histoire administrative
Au printemps 1918, les tensions sont fortes au Québec et particulièrement à Québec. La Première Guerre mondiale fait rage et les besoins en soldats s’accroissent dramatiquement avec les pertes au front et le retrait, en mars 1918, des Russes au prise avec les conséquences de la Révolution d’Octobre 1917. Le Canada, entré en guerre automatiquement derrière la Grande-Bretagne en août 1914, a d’abord eu recours au volontariat mais cela ne suffit plus. Malgré des promesses à l’effet contraire, le gouvernement fédéral passe la Loi du service militaire en juillet 1917 obligeant tous les hommes de 20 à 35 ans, célibataires ou sans enfants, à s’enregistrer auprès des autorités. Quoique les résultats de l’élection fédérale de décembre 1917, particulièrement acrimonieuse, aient clairement démontré l’opposition des Québécois à la conscription, ils donnent cependant, au niveau canadien, la légitimité au gouvernement fédéral de l’imposer. Elle débutera donc le 1er janvier suivant. Les comportements inacceptables des «spotters» chargés de retracer les conscrits récalcitrants suscitent une vague de manifestations majeures à partir du 28 mars 1918. Durant les cinq jours qui suivent des milliers de manifestants prennent d’assaut la rue déclenchant ce qu’on appellera «Les émeutes de Québec de 1918». Du vandalisme se produit et les échanges verbaux avec les militaires et les forces policières ne font qu’exacerber les tensions. Des violences sont commises. Les bureaux de l'Auditorium où sont les bureaux du registraire du service militaire sont saccagés et les fenêtres de deux journaux pro-conscriptionnistes sont fracassées. Les efforts d’apaisement des autorités locales et de certains leaders canadiens-français se butent à la volonté d’Ottawa, voyant dans les émeutes une possibilité d’insurrection générale, d’utiliser la force. Sous le commandement du major-général François-Louis Lessard, le plus haut gradé francophone des forces fédérales, la cavalerie et l'infanterie en provenance de l'Ontario et du Manitoba quadrille les rues de la basse-ville le soir du lundi 1er avril. Un peloton se tient à l'embranchement des rues Saint-Joseph, Bagot et Saint-Vallier et, après une brève sommation en anglais, tire sur la foule avec une mitrailleuse. Atteints par des balles explosives, Édouard Tremblay, Georges Demeule, Honoré Bergeron et Alexandre Bussière succombent. Ce n’étaient que de simples citoyens non armés qui passaient par là ou que la curiosité avait attiré. Ainsi, Honoré Bergeron, un menuisier de 49 ans habitant le quartier de Saint-Sauveur et père de six enfants âgés en dix mois et 19 ans, était sorti tout simplement pour aller chercher ses enfants. Il ne reviendra pas. Il sera frappé dans le dos à la hauteur du cœur par une balle explosive ou à texture malléable. Des dizaines de personnes seront blessées. Le maintien de l'ordre par les 2 000 militaires envoyés à Québec s'applique ensuite avec toute sa sévérité. Les soldats ont ordre de tirer pour tuer, «Shoot to kill». Des arrestations ont lieu. Le 4 avril, le gouvernement Borden applique la loi martiale à Québec et suspend l'habeas corpus. Une présence militaire massive se fera sentir pendant de longs mois. Malgré des demandes réitérées, aucunes excuses, aucuns dédommagements n’ont été accordés aux familles des victimes. Aujourd’hui, le monument Québec, printemps 1918, érigé en 1998 au coin des rues Bagot, Saint-Joseph et Saint-Vallier, sur les lieux de la tuerie, rappelle le caractère dramatique des événements. Bibliographie sommaire : - Courtois, Charles-Philippe et Laurent Veyssière. Le Québec dans la Grande Guerre. Engagements, refus, héritages. Québec, Les Éditions du Septentrion, 2015. 212 p. - Provencher, Jean. Québec sous la Loi des mesures de guerre 1818. Lux, 2014. 161 p. Coll. «Mémoire des Amériques». Une première édition avait été publiée en 1971 par les Éditions du Boréal Express. - Renaud, Pierre-Yves et Martin Pâquet, «La Grande Guerre dans les rues de Québec», Le De voir, 10 mars 2018, p. B10. - Richard, Béatrice. «1er avril 1918 Émeute à Québec contre la conscription : résistance politique ou culturelle?», dans Pierre Graveline (Sous la direction de), Dix journées qui ont fait le Québec, Montréal, vlb éditeur, 2013, p. 136-159. - Richard, Béatrice. «Le 1er avril 1918 – Émeute à Québec contre la conscription : résistance politique ou culturelle?» donnée dans le cadre de la série Dix journées qui ont fait le Québec diffusée sur le Portail de BAnQ. (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2337125) .

Portée et contenu
Ce dossier comprend le verdict du coroner George William Jolicoeur concernant la mort d’Alexandre Bussières, mécanicien, 25 ans, de Saint-Malo-de-Québec.

L’enquête du coroner ne permettra pas de trouver et de châtier les coupables. Le coroner et son jury déclareront qu'Alexandre Bussières «le premier avril année susdite [1918] est mort tué par une des balles de carabine, tirées par les soldats de sa Majesté alors qu’ils etaient en devoir de reprimer une emeute à l'encoignure des rues St-Vallier, St-Joseph & Bagot, le soir du lundi premier Avril 1918. Le Jury est d'opinion que, considérant que les personnes tuées en cette occasion étaient innocentes de toute participation à cette Emeute, qui devait son origine à la manière malhabile et grossière avec laquelle les officiers fédéraux chargés de l’exécution de la Loi de conscription envers les insoumis exercaient leurs fonctions, il serait du devoir du Gouvernement d’indemniser raisonnablement les familles des victimes, que l’on a prouvées etre innocentes et sans armes au moment de leur mort, ainsi que d’indemniser ceux qui ont souffert des dommages a cause de ces emeutes. Les jurés expriment leurs plus profonds regrets que la bonne réputation des citoyens paisibles et toujours obéissants à la Loi, de St Roch et St Sauveur ait été mise en doute, par l’acte irrefléchi de jeunes garçons et de quelques individus mal intentionnés, probablement etrangers à la ville et qui ont essayé de profiter de ces troubles» .

Sources complémentaires
Voir l’enquête du coroner George William Jolicoeur tenue entre les 8 et 13 avril 1918 (E17,S10,S1661/1918). Cet ensemble de témoignages disponible en ligne constitue une source essentielle pour comprendre la trame des événements et complète les quatre verdicts du coroner qui sont également disponibles en ligne (TP12,S1,SS26,SSS1,D39/1918 (Honoré Bergeron), TP12,S1,SS26,SSS1,D40/1918 (Édouard Tremblay), TP12,S1,SS26,SSS1,D41/1918 (Alexandre Bussières) et TP12,S1,SS26,SSS1,D42/1918 (Georges Demeule). Le plan d’assurance-incendie de 1910 accessible dans BAnQ numérique permet de bien comprendre la configuration des lieux de la tuerie. Enfin, signalons que sur le Portail de BAnQ, dans BAnQ numérique, offre plusieurs journaux de cette époque dont La Presse et Le Devoir pouvant faire l’objet d’une recherche plein texte.

Termes rattachés
Coroners
Guerre mondiale, 1914-1918
Québec (Québec : Ville)
Rue Bagot (Québec, Québec)
Saint-Sauveur (Québec, Québec : Quartier)
Émeutes

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